The Buns

« The Buns » (les « chignons ») ? Le nom annonce la couleur : des filles, un joyeux mélange de frivolité et de virulence rock, à l’image de leur musique, un garage sans fioritures (à deux), qui conserve, dans les voix et la mélodie, une enchanteresse douceur pop. Après l’ep « The true story of Molly Jin & June Cooper » (2013) et un single « I Want » (2014) qui jouaient, avec une bonne dose de second degré, sur une image de dactylos fifties en pleine émancipation garage, le duo féminin revient avec un premier album réalisé par le pape de l’enregistrement analogique Liam Watson (The White Stripes, The Kills, etc.) qui remet les choses à leur place : on a affaire à un groupe dense, puissant, sans fioritures, moderne et toujours plein d’humour.
« Quand on a formé le groupe en 2012, il fallait sortir de nous-mêmes, comme des superwomen. On n’a plus autant besoin de ces personnages de secrétaires fifties maintenant ». « Très différentes, et du coup complémentaires », Molly (alias Julie, guitare/chant) et June (alias Emilie, batterie/chant), jeunes parisiennes (d’adoption) et musiciennes aguerries, se lancent à deux, se retrouvant sur des références aussi diverses et bien dans leur temps que The Black Keys, The White Stripes ou Little Barrie, mais aussi Nina Simone ou Led Zeppelin. Molly a envie de se concentrer sur la guitare électrique, instrument jadis appris avec son père et qui « a fait remonter toutes les influences venues de l’enfance : tout de suite, ce sont des riffs rock qui sont venus ». Avec un succès immédiat : à peine le duo a-t-il composé cinq titres qu’une date en club leur est proposée, et l’aventure prendra vite de l’ampleur. En 2013, elles ouvrent pour Indochine dans plusieurs Zéniths français, fait d’armes

d’autant plus prestigieux que c’est Nicola Sirkis lui-même qui choisit les premières parties.

« Il nous a contactées sur Facebook... »
Leur garage pop anglophone attire aussi l’attention à l’international : même le royaume du Bahreïn, pays pourtant peu ami des droits de la femme, ne manque pas de les accueillir à bras ouverts...
Des dizaines de concerts plus tard, notamment en première partie de Sallie Ford, des Wampas, ou des Animals, les deux musiciennes ont trouvé le temps d’enrichir leur répertoire, et c’est avec pas moins de vingt nouveaux titres qu’elles arrivent au studio londonien Toe Rag du fameux Liam Watson, pour enregistrer en dix jours, ce premier album nerveux et remarquablement aiguisé, qui va droit à l’essentiel : « c’est la première fois qu’on travaille vraiment sur la production ». Sur les 11 titres du disque, le parti pris est clair : less is more. Guitare, batterie, un peu de basse et d’orgue çà et là, sur quelques morceaux. Pas une note de trop, et pourtant toutes leurs influences trouvent ici un brillant écho, des fifties (« Shoe Shine Boy ») au stoner avec le premier single « Stockholm », en passant par le langoureux « Stranger », écrit et offert par le french mocker Gaspard Royant, ou le délicieux « Bye Bye Chéri », seule occasion d’entendre un peu de français sur l’album (un peu seulement). Le résultat ? Ebouriffant. Un savant cocktail très personnel, alliant une énergie rock fiévreuse, des chants pop et des harmonies vocales dignes des girl groups sixties. Le pari était risqué, il est tenu haut la main. Excellentes compositrices, elles n’ont pas peur de jouer, en les modernisant, avec des références qu’elles se sont parfaitement appropriées. Prendre des risques, c’était le but. Sur ce très inspiré et indocile « Out Of Bounds » (« hors des limites ») il s’agit en effet souvent de s’affranchir des carcans, y compris de ceux qu’on s’impose à soi-même : si elles mettent moins en avant leurs personnages de dactylos et les chignons, affichant désormais une image plus rude de pinups modernes en teddy, en chanson il est bien entendu surtout question des classiques prisons de la dépendance amoureuse. Liens toxiques et bourreaux des cœurs en prennent pour leur grade, avec fraîcheur et humour : « merci à nos ex-amants pour l’inspiration », commente sarcastiquement le livret. A bien des égards, le duo démontre ici avec brio qu’à deux on ne s’en sort pas sans un vrai talent, de la persévérance et une belle alchimie. Et ce n’est que le début !

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